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Publié le 26 septembre 2006 par Webmestre
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Edgar Quinet (1803-1875)

Article mis en ligne le 3 septembre 2006 par Webmestre  

LE JEUNE QUINET AU COLLÈGE DE CHAROLLES

S’il a laissé son nom aux écoles et aux rues sous la Troisième République, Edgar Quinet (1803-1875) n’a plus les faveurs des lecteurs d’aujourd’hui. Pourtant, son autobiographie, Histoire de mes idées (1858), propose de belles pages pour les classes. Ces quelques lignes qui retracent une scolarité quelque peu décousue dans la région du Charolais témoignent des interrogations de l’homme sur l’Histoire, sur son histoire.

Jusque-là je ne connaissais guère que de nom les collèges. Celui de la petite ville que nous habitions servait de magasin de fourrage, dans les temps de passage de troupes ; il ne nous était ouvert que lorsque le foin manquait. Dans ces moments de disette, nous avions pour maître un vieux capitaine de dragons, homme de coeur, éloquent même. J’avais pour le latin un éloignement qui touchait à l’horreur ; il se trouva qu’il avait le même sentiment que moi. Quand il y avait classe, chose rare ! le temps se passait à revoir les manoeuvres de cavalerie, qu’il figurait très bien avec nos rudiments en colonnes par pelotons, ou déployés en bataille sur la table. Il nous enseignait aussi comment, dans la rude campagne de 1799, son cheval se trouvant épuisé, il lui avait rendu la vigueur nécessaire en l’abreuvant du vin des ennemis. Enfin le moment arriva où cet enseignement même ne fut plus possible. Les provisions de foin, d’avoine, d’orge, ayant été refaites au commencement de 1812, encombrèrent le vieux couvent qui nous servait de collège ; nous y gagnâmes la liberté.

Ainsi le fond de cette éducation était une grande rudesse, qui nous sauvait de toute corruption. Sous cette cuirasse grossière, il y avait une âme qui naissait ; elle échappait deux heures par jour à l’exemple général. Elle s’essayait alors à comprendre, à sentir, à s’adoucir, à s’élever même. Mais c’était là comme un secret entre nous ; combien nous nous serions gardés de le divulguer ! Le reste du temps était donné aux batailles à coups de pierres, à l’assaut de quelques masures, à l’endurcissement, à l’apprentissage des blessures, rapportant chaque jour quelque horion, jusqu’à être retenu au lit des mois entiers à la suite de quelque fait glorieux que je veux bien ici passer sous silence. Et n’était-ce pas là le genre de vie auquel nous étions tous destinés ? N’était-ce pas chose très sage de nos parents, et des miens en particulier, de nous y préparer et de nous y abandonner d’avance ?

E. QUINET, Histoire de mes idées(1858)

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